3 ACCES DE LA POPULATION AUX SERVICES SOCIAUX DE BASE
 
 
3-1 Accès de la population aux soins et à la santé    
3-1-1 Les infrastructures sanitaires

Toutes les communes sont couvertes par des centres de santé de base niveau I, gérés par des paramédicaux. La région dispose d’un grand Centre Hospitalier Universitaire comprenant divers services spécifiques.

Pour les catégories intermédiaires, 31 communes sur 43 disposent de centres de santé de base niveau II, publics et privés confondus. Autrement dit, dans 12 communes au moins les soins ne sont pas encore dispensés par des médecins.

Sur les six (06) districts, Mitsinjo et Mahajanga II ne disposent pas de centre hospitalier. Pour les quatre restants, Marovoay est le seul à être doté d'un centre de niveau II apte à effectuer des actes chirurgicaux, en dehors de Mahajanga I. Le centre hospitalier de niveau I de Soalala ne dispose pas de dépôt de médicament.

En matière de sida, Mahajanga I s’est vu doter tout récemment de 05 centres de dépistage dont 03 sont des centres de dépistage Anonyme Volontaire et 02 centres de Prévention Transmission Mère-Enfant. ( réf carte infrastructures sanitaires)

Le taux moyen d’utilisation de consultation externe est de 50,6%, mais ce chiffre varie beaucoup d’une commune à une autre pour le monde rural. Le cas de Soalala ville, de Bekipay et d’Andranoboka méritent l’attention car le taux n'y dépassent pas 20%. La médecine traditionnelle y est encore un recours de prédilection dans la région, par rapport à la médecine classique.

3-1-2 Les Pathologies dominantes

Les trois pathologies dominantes sont identiques dans les 06 districts, avec en tête le paludisme, l’infection respiratoire aigu et la diarrhée (Voir tableau pathologie) Suivent d’autres maladies d’origine infectieuse, telles que l’infection cutanée, l’infection de l’œil, affectant surtout la population de plus de 5 ans, comme le cas de l’infection respiratoire, l’hypertension qui touche essentiellement les personnes âgées.

A priori, ce sont des maladies liées :

 
A l’environnement du milieu
A l’accès à l’eau potable
Aux conditions climatiques
A certains us et pratiques hygiéniques
         
Pour les maladies transmissibles, particulièrement pour les IST, il y a lieu de tirer la sonnette d'alarme pour le cas de :
  • Soalala, avec un taux de prévalence culminant à 9,4% et Mitsinjo avec un taux de prévalence de 3,6% dont les causes peuvent être :
         Le faible taux de fréquentation des formations sanitaires à 15.8%
         L’analphabétisme élevé des femmes
         Le nomadisme des éleveurs des bovidés et des pêcheurs
         La Polygamie
         L’accès à l’eau potable
  • Mahajanga I, avec un taux de 3%

Pour le SIDA, la situation est tout aussi préoccupante, étant donné qu’à Anjiajia, une commune rurale d’Ambato-Boeny, le taux de prévalence atteint 7, 3%. Tandis que Marovoay ville affiche 2, 67% et Mahajanga I 1,49%. Indéniablement, la vigilance s’impose.

3-1-3 Santé de la mère et de l’enfant    

Sur 61 770 enfants de moins de 3ans, 25 840 sont surveillés nutritionnellement,
soit 41.83%. ( réf. Carte de taux de surveillance nutritionnelle )

Pour la couverture vaccinale, sur 22 132 enfants moins de 11 mois, 56.84% sont vaccinés en BCG, 46.71% en polio, 47.20% en DTCOQ. Pour la rougeole, une nette amélioration a été enregistrée, grâce à la campagne HIAKA, avec un taux de réussite de plus de 100%. (source DPS 2004/réf. Carte de taux de couverture vaccinale )

Les communes en rouge en terme de santé infantile se trouvent en majorité dans la sous-préfecture de Mahajanga II, de Soalala et dans la partie très pauvre de Mitsinjo : à savoir Soalala, Andranomavo, Ambalakida, Andranoboka, Mariarano, Betsako, Boanamary, Ambarimaninga et Bekipay.

La majorité de ces communes font partie des communes les plus pauvres, enclavées au moins pendant six (06) mois toute l’année. Betsako, Ambalakida et Boanamaro sont des cas exceptionnels à suivre de près, compte tenu du fait que malgré une accessibilité quasi-permanente, une proximité avec la ville de Mahajanga I, elles affichent un taux de couverture vaccinale très faible.

Pour les femmes enceintes, le taux moyen de consultations prénatales est de 62,3% même si dans quatre communes rurales cela est encore en dessous de 20% Toutefois, sur les accouchements attendus, 31, 1% sont assistés médicalement dans les centres de santé de base. Ce taux est au plus bas est dans la commune rurale d’Ambalakida, Commune rurale de Mahajanga II, à trente minutes de route en provenance de Mahajanga Ville.

3-1-4 LES CONTRAINTES

Malgré les opportunités d’installations sanitaires, d’organisations et de moyens déjà déployés, des problèmes subsistent et empêchent l’accès de toute la population, sans exclusion à la santé.

a) Problèmes concernant le fonctionnement du système de santé

Certaines infrastructures demeurent non fonctionnelles en raison de l’absence ou de l’insuffisance d’équipements, de médicaments et/ou de personnel.
Leur fréquentation dépend aussi de leur emplacement par rapport aux lieux de résidence des patients, et parfois les problèmes de sécurité influent sur leur accessibilité, notamment dans les zones enclavées.

Par ailleurs, le personnel affecté dans les zones éloignées hésite souvent à rejoindre leur poste par manque de motivation, et par peur des problèmes de sécurité.
L’approvisionnement en médicaments de certains centres éloignés pose problème à cause de l’acheminement et de la lourdeur des procédures.
Le système de référence mis en place ne fonctionne pas pleinement en raison des problèmes d’enclavement et de manque de moyens adéquats (communication, transport).

b) Problèmes concernant l’éducation et l’information de la population

Le manque d’éducation, le niveau d’instruction très bas notamment chez les femmes ainsi que le manque d’informations font que beaucoup de personnes hésitent à consulter les centres de santé. Ils préfèrent recourir aux tradi-praticiens par peur de la médecine moderne mais aussi par habitude. Pourtant, les pratiques et l’hygiène chez ces derniers aggravent souvent les problèmes.

Beaucoup de gens en milieu rural ne connaissent pas non plus la gratuité des soins et pensent à tort que consulter dans les centres de santé publics leur reviendrait cher pour les soins et les médicaments.

Les taux de consultation externe, de consultation prénatale et d’accouchement en centre de santé se voient ainsi réduits. De même, le suivi nutritionnel des enfants et leur vaccination ne peuvent s’effectuer correctement. Le taux de mortalité infantile peut même se voir augmenter.

Le manque d’éducation, entraîne, par ailleurs, la méconnaissance des règles minimales d’hygiène et favorise la résistance des souches de maladies et leur propagation. L’insalubrité des lieux de vie dans certaines zones, en raison de l’inexistence de latrines et de système correct d’évacuation des eaux usées, et la non-conformité des puits aux normes sanitaires entraînent la multiplication de maladies diarrhéiques et la non-éradication du paludisme.

Certaines catégories de population, notamment les éleveurs, les pêcheurs et les vendeurs de bovidés, de par leurs habitudes professionnelles, fréquents déplacements et absences du foyer familial, entretiennent, par méconnaissance, des pratiques à risque pour les IST (multiplicité de partenaires, polygamie, prostitution). D’où l’évolution du taux de prévalence des MST dans certaines parties de la Région.

3-2 ACCES A L' EDUCATION ET A LA FORMATION
3-2-1 Les infrastructures scolaires

La région compte 70 000 enfants scolarisés dont 34 900 filles et 35 100 garçons. La couverture en EPP est totale pour les 43 communes. En ce qui concerne les collèges, 16 communes à majorité enclavées en sont encore dépourvues. Sur les 06 districts, Soalala et Mahajanga II n’ont pas de lycée.

Dans le domaine de l'enseignement supérieur, Mahajanga ville est dotée d'une université des Sciences de la Santé ( EESSS ) à Ambondrona, de la Faculté des Sciences et de l'Institut d'Odonto-Stomatologie Tropicale de Madagascar ( IOSTM ), la Faculté de Médecine. Des formations en informatique et en langues étrangères sont également prodiguées au sein de l'Université.

En matière de formation professionalisante, les lycées techniques et commerciaux que compte la région proposent des spécialisations dans le bâtiment, les ouvrages bois et métalliques, la comptabilité et l’assistance de direction. La présence de l’Ecole d’application de Sciences et Techniques Agricoles à Amborovy, mérite d'être souligné, dans la mesure où il produit des techniciens de l'agriculture et de l'élevage.

Certains établissements privés offrent également des formations professionnalisantes à cycle court, sanctionnées par des certificats, telle l’Ecole de Métier de Tourisme et d’Hôtellerie pour le tourisme, le CFP OMEGA pour les petits métiers, etc.

La région ne dispose pas de laboratoire de langue et les laboratoires scientifiques sont quasi obsolètes et inutilisables dans les lycées.
(réf carte infrastructures scolaires)

 

3-2-2 Ratio élève / salle

En 2004, selon les statistiques du DIRESEB, le ratio moyen élève/salle est de 66, sauf dans 12 communes où le taux dépasse 70 élèves. A titre d’exemple, citons les cas de :

  Ambohipaky, où ce ratio atteint 117 élèves/salle ( District de Soalala)
Andranomavo 99 ( District de Soalala)
Anosinalainolona 108 ( District de Marovoay)
3-2-3 Ratio élève/ maître

Pour l’enseignement primaire, le ratio moyen élève/maître est de 54. Pour certaines communes telles qu’ Andranomamy et Ankaraobato, ce taux est largement dépassé, atteignant respectivement 72 et 90 élèves par enseignant.
Comme partout à Madagascar, certaines EPP recrutent des enseignants communautaires pris en charge par les parents d’élèves. Toutefois, pour le cas de la Région Boeny, force est de constater que, paradoxalement, ce sont surtout les communes très pauvres qui déboursent le plus. A titre d’exemple, citons :

Sitampiky, où 09 enseignants sur 10 sont tous communautaires
Ankijabe, 10 sur 15
Soalala, où 08 enseignants sont payés par les parents
Certes, l’enclavement semble justifier le renoncement des enseignants publics à y exercer, cependant, dans l’optique de la lutte contre la pauvreté, la situation mérite qu'on y remédie.

Pour les niveaux II et III, le problème d’insuffisance des enseignants se pose notamment pour les enseignants en matières scientifiques (mathématique, physique-chimie) et techniques.

3-2-4 La scolarisation 

Prenant pour base des enfants ayant entre 05ans et 14 ans, le taux de scolarisation au niveau de l’enseignement primaire est de 70%. Généralement, le taux est plutôt élevé, sauf à Soalala où cela atteint à peine les 50%. Un taux élevé qui s'explique, à l'évidence, par les efforts poursuivis par l’Etat pour encourager la scolarisation des enfants.

A partir de l'enseignement secondaire, le taux de scolarisation diminue nettement. A part le district de Mahajanga I, moins de 10% des enfants scolarisables rejoignent les collèges. Au stade du lycée, la situation devient plus alarmante encore, qu’illustre les chiffres du tableau ci-dessus, car le taux de scolarisation n’atteint même pas 2% et même à Mahajanga ville, il dépasse à peine 20%. Autrement dit, le problème de ratio élève/ salle ne se pose donc pas pour les niveaux II et III.

 
 
 Niveau I
 Niveau II
 Niveau III
 District
 TBS  TA  TBS  TA  TBS  TA
 MJN II
 69,3%  30,1%  3,5%  4,6%  0,0%  0,0%
 MJN I
 87,8%  100,2%  50,0%  50,8%  4,5%  20,1%
 SOALALA
 56,4%  13,5%  1,5%  1,3%  0,0%  0,0%
 MITSINJO
 79,8%  43,4%  8,6%  8,2%  0,9%  1,2%
 AMBATO
 54,7%  22,6%  4,4%  5,5%  0,5%  0,9%
 MAROVOAY
 70,6%  35,0%  6,9%  8,0%  0,8%  0,9%
 TBS: Taux brut de scolarisation
TA: Taux d'achèvement
Source: DIRESEB 2004
 
  3-2-5 La performance régionale

Les indicateurs les plus alarmants sont les taux d’achèvement. Déjà au niveau du primaire, à part Mahajanga I, moins de 50% des enfants scolarisés parviennent jusqu’à la classe de 7ème.

Toujours à Soalala, ce chiffre ne dépasse pas 15%, et 20% à Ambato-Boeny . Pour les niveaux secondaires, niveau II et III, le tableau est éloquent, avec des taux respectifs ne dépassant pas 10% et 2% en dehors de Mahajanga I.

  Taux de redoublement
 District
 Niveau I
 Niveau II
 Niveau III
 MJN II
 26,8%  26,9%  
 MJN I
 13,9%  16,3%  17,5%
 SOALALA
 34,9%  0,0%  
 MITSINJO
 28,9%  15,6%  7,4%
 AMBATO
 31,3%  15,1%  10,1%
 MAROVOAY
 29,3%  16,9%  19,8%
Source: DIRESEB 2004


Pour les taux de redoublement, le tableau ci-dessus montre que le rang par district est similaire à celui des taux d’achèvement. Soalala et Ambato-Boeni détiennent les premières places, et Mahajanga I la dernière, suivie par Mahajanga II, un cas exceptionnel.

Un constat mérite d'être évoqué, c'est que, ces dernières années, le nombre des jeunes inscrits dans les séries scientifiques « C » tend à régresser d’une année à l'autre. Un phénomène qui, on en conviendra, nuira au développement, si à terme, le pays en venait à être à court de spécialistes dans ce domaine.

3-2-6 LES CONTRAINTES     

Bien que des efforts aient été réalisés pour l’amélioration de l’éducation et la formation de la population, le niveau général de compétence, les taux de scolarisation et d’achèvement des cycles d’enseignement restent très bas dans plusieurs parties de la Région.

En effet, des séries de contraintes grèvent encore les conditions d’éducation et de formation locales.

a) Contraintes relatives aux conditions de travail des élèves

L’insécurité qui prévaut dans certaines zones dissuade certains parents d’envoyer les enfants à l’école, surtout quand les établissements sont éloignés des lieux de résidence, ce qui est le cas dans certaines contrées. Autrement, l’assiduité des élèves à l’école devient irrégulière et la déperdition scolaire s’en trouve augmentée.

De même, cet éloignement déjà évoqué pose problème puisque aucun moyen de transport, à la portée de la majorité de la population, n’est disponible et les élèves arrivent souvent fatigués en cours ou ne peuvent plus réviser une fois rentrés à la maison le soir, en raison des heures de marche effectuées.
Concernant les infrastructures existantes, elles n’offrent pas toujours les meilleures conditions de travail pour les élèves. En effet, dans certaines parties de la Région, les élèves sont en sureffectif dans une salle. Et l’exiguïté ne favorise pas la concentration.
Dans ces établissements à sureffectif, les équipements( table-bancs) manquent aussi et les élèves ont du mal à suivre les enseignements.

Si les conditions de travail sont ainsi difficiles, la motivation peut manquer aux élèves même quand ils réussissent.
b) Contraintes relatives aux conditions de travail des enseignants

L'enclavement de certaines zones et les problèmes de sécurité qui en découlent souvent ne motivent pas toujours les enseignants à rejoindre leur poste ou à s’y maintenir.
L’assiduité des enseignants est aussi souvent affectée par l’éloignement des lieux de paiement de leurs soldes.

Par ailleurs, le systèmes de suivi et d’appui aux enseignants ne semble pas entièrement performant pour certaines zones de la Région. On constate la présence d’enfants ne sachant même pas lire et écrire et qui intègrent quand même des classes supérieures. Les taux de réussite aux examens officiels attestent aussi de ce manque.
Certains enseignants doivent assurer leurs cours dans des conditions difficiles dans certaines parties de la Région. Il arrive, par exemple, qu’ils doivent suivre plus de soixante élèves dans une classe, ou assurer l’enseignement de classes multigrades. Cette situation témoigne du manque d’effectif de personnel enseignant.

c) Contraintes touchant les parents

L’illettrisme ou l’analphabétisme de certains parents ne les aide pas à saisir l’importance de scolariser les enfants. Aussi, le taux de scolarisation d’enfants est bas dans les zones où l’analphabétisme est important.

L’obligation de déclarer les naissances dans un délai de douze jours n’est pas toujours assurée par les parents. Ainsi, les enfants non déclarés dans les temps ne possèdent pas de copie de naissance et ne peuvent donc pas se présenter aux examens officiels. Faute de pouvoir passer les examens, les enfants ne sont souvent pas envoyés en classe. Ce type de cas est répandu dans les zones enclavées de la Région.
Le coût de l’envoi d’un enfant en classe augmente au fur et à mesure de son ascension en niveau supérieur. Les parents ne parviennent pas toujours à y faire face surtout quand les lieux d'enseignement sont éloignés. Les collèges et lycées ne se trouvent pas toujours dans les lieux de résidence et leur éloignement oblige à payer des frais de séjour pour les enfants. Ainsi, le taux de déperdition scolaire augmentent-il à chaque fin de cycle.

D’autre part, il arrive que des parents manquent de moyens pour leurs activités de production et se servent de leurs enfants pour y pallier, notamment en période d'intense activité (moisson, ouverture de la saison de pêche etc.). Les enfants ne suivent donc plus l’école à ces moments et prennent du retard dans leurs études.
Une certaine mentalité donnant la priorité au matériel et à l’argent facile se rencontre dans certaines parties de la Région. Et les parents ayant ce type de mentalité ne donne pas la priorité à la scolarisation des enfants non plus.